25 août 2026
Une mosaïque de terroirs que le Domaine apprend à lire
Une mosaïque de terroirs que le Domaine apprend à lire
Cinquante hectares, cinq communes du Var — Hyères, Carqueiranne, La Crau, La Garde et La Farlède —, sept terroirs vivants et une géologie qui change tous les quelques mètres : schistes sombres, craie, argilo-calcaires, limons sablo-argileux, jusqu'à cette parcelle qui culmine à 75 mètres et découvre, sous elle, des marnes blanches rares en Provence.
Executive Summary
— Le Domaine Matteri s’étend sur cinquante hectares, répartis sur cinq communes du Var et sept îlots dont les sols changent parfois en quelques centaines de mètres : schistes, calcaires, argilo-calcaires, limons et alluvions.
— Depuis 2025, une étude systématique — fosses pédologiques, texture, chimie, relevés GPS et premiers indicateurs biologiques — documente progressivement cette mosaïque, îlot par îlot. Onze nouveaux bulletins complètent cette année l’état des connaissances.
— Les premiers résultats font apparaître des profils très différents : schistes pauvres au Fenouillet, calcaires et marnes à la Bouisse, exposition est à Costebelle, restanques des hauts de Matteri, sols de plaine plus divers à la Gérade.
— Ces observations commencent à éclairer certains choix de plantation et certaines expressions des vins, sans prétendre réduire un vin à son seul sol : exposition, climat local, âge des vignes et geste humain restent indissociables du terroir.
— Plusieurs secteurs restent encore à caractériser complètement, notamment Basse Bouisse, une partie de la Gérade, Astouret et les Savels. Le bilan hydrique, lui, existe encore à l’échelle du Domaine et non îlot par îlot.
— Cet article est donc un état des connaissances à date, et non un aboutissement : il ouvre une série consacrée à la manière dont le Domaine apprend progressivement à comprendre ses lieux, ses vignes et ses vins.
Cinquante hectares, cinq communes du Var — Hyères, Carqueiranne, La Crau, La Garde et La Farlède —, sept terroirs vivants et une géologie qui change tous les quelques mètres : schistes sombres, craie, argilo-calcaires, limons sablo-argileux, jusqu'à cette parcelle qui culmine à 75 mètres et découvre, sous elle, des marnes blanches rares en Provence.
Le Domaine Matteri n’a pas un terroir unique : il possède une mosaïque de lieux, de sols et d’expositions. C’est cette diversité que le Domaine cherche aujourd’hui à mieux comprendre, avant même de chercher à la résumer.
Cet article propose un état des connaissances à date : ce que les analyses permettent déjà de décrire, ce qui reste à confirmer et la manière dont sol et climat local peuvent contribuer à éclairer certaines expressions de la vigne. Depuis l’an dernier, la campagne d’analyses s’est élargie — onze nouveaux bulletins couvrant texture, chimie et premiers indicateurs biologiques. Ces derniers sont mentionnés ici comme éléments de contexte ; leur interprétation fera l’objet d’un travail spécifique ultérieur.
Le Domaine Matteri se situe entre collines et mer, aux portes des îles d’Or, dans la plaine et sur les contreforts du Mont Coudon, du massif du Paradis — Mont du Paradis et Mont des Oiseaux — et du Mont Fenouillet, entre Toulon et Hyères. Trois reliefs de nature géologique très différente encadrent les parcelles du Domaine : un terrain particulièrement riche du point de vue pédologique.
Mont Coudon (702 m)
Au nord, le Mont Coudon (702 m) est formé de calcaires blancs du Crétacé supérieur, déposés il y a environ 100 millions d’années dans un environnement marin peu profond. Ses falaises appartiennent à la chaîne des Monts Toulonnais, qui forme une ceinture calcaire au nord de Toulon. Sur ses pentes dominent pins, garrigue et maquis.
Mont Paradis & Mont des Oiseaux (298 m et 304 m)
Plus au sud-est, le Mont du Paradis (298 m) et le Mont des Oiseaux (304 m), sur Carqueiranne et Hyères, relèvent d’une autre histoire : ce sont des témoins calcaires mésozoïques isolés dans la dépression permienne. Leurs calcaires du Jurassique inférieur — le Lias, environ 180 à 200 millions d’années — contrastent avec les terrains qui les entourent.
Leur position actuelle est elle-même singulière : lors des déformations alpines, vers 70 millions d’années, ces couches calcaires ont été déplacées en nappe puis déposées sur le socle permien de la plaine. Ces reliefs sont donc des fragments géologiques isolés, en discordance avec les terrains environnants.
Le Mont du Paradis est resté largement boisé, tandis que le Mont des Oiseaux, qui domine directement l’îlot de Costebelle, s’est urbanisé. Malgré leur faible altitude, les deux reliefs ouvrent largement sur la mer, la presqu’île de Giens et Carqueiranne.
Mont Fenouillet
À l’ouest, le Mont Fenouillet est le plus ancien des trois : ses schistes du Silurien, âgés d’environ 430 millions d’années, appartiennent au socle cristallin du massif des Maures, parmi les roches les plus anciennes de Provence. Il culmine à 291 mètres.
Ses roches sont principalement des schistes — notamment des micaschistes à muscovite — associés à des marbres, des grès et des niveaux de quartzite. Depuis le sommet, le panorama embrasse les îles d’Or, Hyères, La Crau, La Garde, Toulon et la plaine où se trouvent les parcelles du Domaine.
Le Fenouillet abrite également un ancien gisement fossilifère à graptolites. Sa végétation de maquis sur schiste — chênes-lièges, arbousiers, lauriers-tins — souligne encore le contraste avec les reliefs calcaires voisins.
La plaine entre les trois
Entre ces reliefs s’étend une dépression sur substrat permien, drainée par le Gapeau, où se sont accumulées des alluvions récentes. La Gérade et le secteur Fenouillet/Matteri illustrent ainsi un contraste fondamental : d’un côté les schistes anciens, pauvres et acides ; de l’autre des alluvions plus riches. Cette opposition géologique explique une grande partie de la diversité des sols du Domaine.
Le climat reste méditerranéen — étés secs, mistral fréquent — mais relief, exposition et proximité de la mer modulent fortement les conditions d’un îlot à l’autre.
Qu'est-ce qu'un terroir
Le mot « terroir » est tellement employé qu’il risque de devenir un simple argument de vente. Au Domaine Matteri, nous préférons le traiter comme un objet d’étude : la rencontre d’un sol, d’un climat local et d’un geste humain. Aucun de ces éléments ne suffit isolément, et les analyses de sol ne prétendent donc pas, à elles seules, expliquer un vin. Elles donnent plutôt des repères pour comprendre pourquoi deux parcelles proches peuvent se comporter différemment.
C'est pour cette raison que le domaine a engagé, depuis 2025, une étude de sol systématique — fosses pédologiques, analyses de texture et de calcaire, relevés GPS et d'altitude, et désormais analyses microbiologiques (cytométrie en flux : bactéries, champignons, protistes) — plutôt que de se reposer sur une connaissance approximative du terrain. Ce travail, mené avec les équipes du domaine et avec des laboratoires partenaires, est la matière première de cet article.
Le climat, la deuxième moitié de l'équation
Le sol donne le drainage et la nutrition ; le climat, la maturité, l’acidité et l’équilibre. Entre Hyères et Carqueiranne, les étés sont chauds et secs, le mistral assèche le vignoble et la proximité littorale tempère ponctuellement les températures. Ce contexte favorise naturellement puissance et concentration ; la diversité d’altitudes et d’expositions du Domaine permet de les contrebalancer.
Trois leviers expliquent ces différences. L’exposition d’abord : les orientations est ou nord-ouest évitent une partie du pic de chaleur, contrairement aux secteurs plein sud. L’altitude ensuite : chaque centaine de mètres abaisse en moyenne la température d’environ 0,6 °C et accroît l’amplitude thermique jour/nuit, ce qui contribue à préserver l’acidité. Le vent et la mer enfin : le mistral limite la pression sanitaire mais accentue l’évapotranspiration, tandis que le littoral tempère les extrêmes. Cette combinaison donne à chaque îlot son propre rythme de maturation.
Cette lecture qualitative est désormais complétée par un premier modèle quantitatif que nous sommes en train de calibrer : un bilan hydrique du vignoble (modèle Lebon et al., 2003), calé sur la station météo de Hyères, qui simule jour après jour la réserve utile du sol et la contrainte hydrique de la vigne (indicateur FTSW). Ce modèle est aujourd'hui construit à l'échelle du domaine plutôt que îlot par îlot, il est en cours de validation ; il devra, à terme, être décliné secteur par secteur.
| Bilan hydrique — cadrage 2026 (station Hyères) | |
| Modèle | Lebon et al. (2003), pas journalier |
| Réserve utile (RU) estimée | ≈ 70 mm (formule de Rawls, sol type sablo-argileux) |
| Seuils de contrainte (FTSW) | 0,40 (confort) · 0,20 (contrainte modérée) · 0,07 (contrainte sévère) |
| Échelle actuelle | Domaine (parcelle-type AOP) — pas encore décliné par îlot |
Sept terroirs : un état des connaissances
Sept îlots, chacun avec sa géologie, son exposition et un niveau de connaissance encore inégal. Les analyses lancées fin 2024 et poursuivies depuis permettent aujourd’hui de dresser un premier état des lieux. Certaines parcelles sont déjà documentées par des fosses et analyses complètes ; d’autres restent à caractériser. C’est volontairement cette photographie inachevée qui est présentée ici.
Bouisse
8,8 hectares. La Bouisse se scinde en deux : Haute Bouisse, aujourd'hui documentée par deux fosses pédologiques complètes, et Basse Bouisse, dont le sol n'a pas encore été caractérisé. Sur Haute Bouisse — 50 à 75 mètres d'altitude, pente médiane 5°, orientation NNO — coexistent deux sols qui n'ont presque rien en commun : en bas, des alluvions limoneuses profondes et régulières dans leur alimentation en eau ; en remontant, un socle de calcaires diversifiés — marno-calcaires, calcaires en plaquettes, dolomies — où percent parfois des schistes hercyniens et des grès arkosiques du Trias. Le mont Paradis culmine à 298 mètres ; le point haut de la parcelle plantée, lui, est à 75 mètres et découvre des marnes blanches rares en Provence.
| Haute Bouisse — ce que l'étude pédologique documente | |
| Surface Bouisse (Haute + Basse) | 8,8 ha — seule Haute Bouisse est aujourd'hui caractérisée |
| Profil #102 (Mourvaison, alt. 70 m) | argileux (>30 %), calcaire (>30 %, pH 8,2), pauvre en MO (1,34 %) · enracinement profond sur substrat calcaire friable · Score SBS 44/100 |
| Profil #101 (jachère, plantation 2028, alt. 65 m) | sol très proche du #102 sur l'essentiel de la parcelle · très argileux (34 %), calcaire (26 %, pH 8,6) · une lentille très calcaire et superficielle à l'extrémité ouest |
| Profil #406 (jachère, plantation 2027) | alluvions fluviatiles récentes, limono-sableuses profondes — bonne fertilité, alimentation hydrique régulière |
| Recommandation agronomique | secteur #101/#102 particulièrement adapté à un rosé frais, fin et élégant, ou à un rouge très équilibré |
| Porte-greffe recommandé (zone calcaire superficielle) | type très vigoureux, résistant sécheresse et calcaire — 333EM ou M4 |
L’étude pédologique recommande le Tibouren sur la zone #101/#102, tandis que la parcelle #102 porte déjà du Mourvaison, cépage patrimonial en voie de disparition. Les deux choix répondent à des logiques complémentaires : préserver une variété rare sur l’existant et réserver à la parcelle #101, encore en jachère et destinée à une plantation en 2028, le potentiel du Tibouren.
L’orientation module fortement le climat local : ombre dès le début d’après-midi sur le flanc NNO, soleil plus long au sommet, nuits plus fraîches avec l’altitude. Le Tibouren peut ainsi préserver la fraîcheur florale recherchée pour la cuvée Brise de Giens ; le Rolle destiné à Queen Victoria associe gourmandise et tension. Grenache et Mourvaison bénéficient eux aussi de cette exposition tempérée, qui limite la surmaturité et préserve l’équilibre.
Costebelle
2,5 hectares. Entre 60 et 70 mètres d'altitude, sur une pente douce orientée à l'est, Costebelle repose sur un bassin du Würm — cailloutis et graviers — niché dans un contrefort calcaire du Muschelkalk. C'est un secteur chargé d'histoire : à la fin du XIXe siècle, les villégiateurs en quête de lumière y construisaient déjà leurs villas.
| Îlot Costebelle — première fosse documentée | |
| Surface | 2,5 ha |
| Altitude / orientation | 60–70 m · Est · pente médiane 3° |
| Géologie | cailloutis et graviers du Würm, contrefort calcaire (Muschelkalk, dolomies) |
| Profil #1403 | texture limono-argileuse · déséquilibre K/Mg en faveur du K · très calcaire (32 %, pH 8,2) · pauvre en MO (1,6 %) · activité microbienne très faible : Score SBS = 27/100 |
| Cépage d'avenir | Rolle — futur grand blanc Les Hauts de Costebelle |
La première fosse révèle un sol très calcaire, déséquilibré en potasse et doté d’un score de santé biologique de 27/100. Ce chiffre constitue un état initial, pas une conclusion sur le terroir. Sur le plan climatique, l’exposition plein est, à l’abri du Mont des Oiseaux et du Pic des Fées côté sud, limite la chaleur de l’après-midi — une configuration intéressante pour le Rolle. La proximité de la mer et des salins peut également contribuer à tempérer certains pics de température.
Fenouillet
5,6 hectares. Au pied du mont Fenouillet, entre 25 et 55 mètres d'altitude sur une pente presque plate orientée au nord, l’îlot Fenouillet superpose trois héritages géologiques : des alluvions de moyenne terrasse et du quaternaire en bas, près du Gapeau, des colluvions du Würm au centre, puis des schistes et des quartzites en remontant vers le Fenouillet, qui marquent le début du massif des Maures. C'est le terroir du Rousseli — des roches sombres et feuilletées qui donnent des vins d'une précision minérale qu'aucun autre sol ne peut imiter.
| Îlot Fenouillet — deux visages bien distincts | |
| Surface | 5,6 ha |
| Altitude / orientation | 25–55 m · Nord · pente médiane 1° |
| Profil 1004 (Rousseli, schiste du Fenouillet) | limono-sableux (56 % de sables) · déséquilibre K/Mg en faveur du K · sol décalcifié (pH 7,3, saturation CEC 115 %, CaO < 2 g/kg) · très pauvre (MO 0,6 %) · Score SBS 32/100 |
| Profil 1008 (Cinsault, alluvions récentes du Gapeau) | texture limoneuse et équilibrée · sol saturé en calcium (calcaire total 5,5 %, pH 8,4) · nettement mieux pourvu en MO (2,5 %) · vie microbienne déséquilibrée (manque de bactéries) malgré un bon Score SBS (63/100) |
| Profil 2606163 (secteur Grenache, alluvions basses) | sol profond et fertile, limoneux, bon drainage — pas de trace d'hydromorphie |
| Analyse 1015 (Mourvèdre Chemin de l’Ubac 11/2025) | argileux (33 %) · pH eau 7,0 / pH KCl 5,7 — le plus acide et le plus décalcifié du domaine · Note Carbone Fertilité 9/100, la plus basse relevée à ce jour · fosse pédologique encore à réaliser |
Fenouillet n’est pas un bloc homogène mais un véritable dégradé de sols. Le schiste du profil 1004 est très pauvre en matière organique, tandis que les alluvions proches du Gapeau (1008) sont nettement mieux pourvues. Les premiers indicateurs biologiques diffèrent eux aussi fortement ; ils sont conservés ici comme données d’état initial et seront interprétés dans un volet spécifique consacré aux sols vivants. L’exposition nord et la proximité du relief ralentissent par ailleurs la maturation et contribuent à préserver tension et fraîcheur.
C’est cette lenteur que le Domaine recherche avec le Rousseli : ce cépage rare, aux raisins roses et vinifié en blanc pour la cuvée Célestina, peut atteindre sa maturité aromatique sans dépasser 10 % d’alcool. Mourvèdre et Cinsault apportent la même fraîcheur à l’Élégance Rosé ; le Mourvèdre destiné à Brise de Giens y gagne en subtilité. Le profil 1015, plus marqué par les schistes, reste à documenter par une fosse complète. Sur les alluvions basses et fertiles, le Caladoc exprime davantage de générosité dans le Rosé Partage.
Matteri
5,2 hectares. Entre 50 et 70 mètres d'altitude, sur une pente marquée (5,2°) exposée au nord les hauts de Matteri empilent trois strates : des colluvions limoneux du Würm en bas, des pélites et grès grossiers du Permien au centre, puis un contrefort de grès bigarré provençal (Trias) et de calcaires divers — dolomies, marnes vertes — en altitude. Ce sont ici des vieux Ugni Blanc de cinquante ans, un Sémillon et de beaux Grenache et Syrah, tous plantés en restanques, qui portent la signature du secteur.
| Îlot Matteri — la mosaïque dans la mosaïque | |
| Surface | 5,2 ha |
| Altitude / orientation | 50–70 m · Nord · pente médiane 5,2° |
| Profil 403 (Grenache N) | texture limoneuse, très argileuse en surface · moyennement calcaire (13 %, pH 8,2) · très pauvre en MO (1,02 %) · Score SBS 49/100 — le meilleur du lot 2024 |
| Profil 406 (Syrah) | texture plus argileuse (36 %) · nettement plus calcaire (30 %, pH 8,7) · pauvre en MO (1,34 %) · vie microbienne très faible : Score SBS 19/100 — le plus bas relevé sur le domaine |
Matteri réunit, sur deux parcelles voisines, des scores de santé biologique très différents — 49 contre 19/100 — malgré une même exposition nord et une conduite en restanques. Ce contraste rappelle surtout qu’un îlot ne peut pas être résumé par une seule mesure et mérite d’être suivi dans le temps. Ici, les vieilles vignes d’Ugni Blanc, âgées d’environ cinquante ans, participent à la fraîcheur et à la vivacité recherchées dans le Blanc Élégance.
La plaine de la Gérade
Avec 21,5 hectares, la Gérade est le plus vaste et le plus divers des îlots du Domaine, en AOP Côtes de Provence comme en IGP. C’est aussi le plus chaud : basse altitude, peu d’ombre et longues heures d’ensoleillement favorisent générosité et rondeur. L’étude pédologique distingue sept secteurs, encore documentés à des niveaux très différents.
| La Gérade — sept secteurs, quatre états d'avancement | |
| Ruine (40–50 m · E à SE · pente 2,7°) | plaine du Würm sableuse en bas, limoneuse au centre, pélites et grès du Permien en haut · Analyse 806 (limoneux 44 %, sol très battant, calcaire 9 %, pH 8,2, MO 1,02 %, vie microbienne trop en faveur des bactéries, Score SBS 43/100) · Analyse 805 "Syrah Ruine" (moins limoneux, >50 % sable, sol décalcifié — 0 % calcaire mais pH 8,2 — MO faible 1,2 %, fort déficit en azote) · objectif de plantation : Grenache N et Mourvaison |
| Coteau (40–50 m · E · pente 2,7°) | géologie proche de Ruine · aucune fosse réalisée à ce jour · objectif : Rolle en blanc, Syrah et Cinsaut en rouge |
| Plaine (alt. 40 m) | plaine du Würm sableuse · aucune fosse réalisée · un zonage des zones de stress hydrique reste à faire avant toute décision de cépage |
| Cave et Tourraches (alt. 40 m) | plaine du Würm sableuse · caractérisation encore préliminaire, à confirmer par fosse pédologique |
| Tourraches (description antérieure, à confirmer) | limono-graveleux, exposition Est — tempéré par le soleil du matin |
| Coteau du midi | exposition plein Sud — le secteur le plus chaud du domaine |
Cette chaleur de plaine explique le rôle de la Gérade dans les assemblages. L’Ugni Blanc y gagne l’ampleur recherchée pour le Blanc Partage ; Grenache, Mourvèdre et Carignan apportent la générosité qui équilibre les Rosé et Rouge Partage. Le Merlot et le Carignan du secteur participent également à la finesse de Partage Rouge.
À la Ruine, Grenache et Syrah, sur un sol décalcifié et pauvre en azote singulier pour le Domaine, structurent la cuvée Jean Jo et lui apportent générosité et finesse. Cette cuvée mémoire rend hommage au premier propriétaire du domaine au XVIIIe siècle.
Pour le millésime 2026, Perles Salines, effervescent blanc élaboré en méthode Charmat, est issu du Muscardin de la Gérade. Dans ce climat de plaine, ce cépage rare est recherché non pour la puissance mais pour une expression fraîche et directe.
Astouret et Les Savels
Astouret et les Savels, 2,75 hectares au total (1,6 et 1,15 ha), changent de vocation : après jachère, ils seront plantés en oliviers, avec un premier hectare prévu d’ici 2028 — environ 400 arbres, pour un objectif de 3 tonnes d’olives et 600 litres d’huile par hectare. Astouret se situe sur la même plaine sableuse du Würm que le bas de la Gérade mais ne dispose pas encore de fosse ; les Savels n’est pas encore couvert par l’étude. Ce choix de diversification renoue aussi avec l’histoire du lieu : Louis Rimbaud y cultivait déjà l’olivier en 1840.
Ce que les terroirs commencent à nous apprendre
Ces premières lectures commencent à éclairer la manière dont le Domaine raisonne ses parcelles et ses assemblages. Elles ne suffisent toutefois pas à expliquer seules la personnalité d’une cuvée : le cépage, l’âge de la vigne, le millésime, les choix de culture et le travail au chai interviennent à leur tour. Ce sont précisément ces autres dimensions que les prochains articles de la série viendront explorer, une par une.
Documenter avant de conclure
L’intérêt de cette mosaïque tient autant à ce que nous savons déjà qu’à ce qu’il reste à comprendre. La démarche du Domaine consiste donc à documenter avant de conclure : fosse pédologique avant une nouvelle plantation, analyses comparées entre secteurs et premier bilan hydrique pour objectiver progressivement la lecture de l’eau et des sols.
Ce qu'il reste à découvrir
Après deux ans d’étude, le Domaine n’a pas fini de comprendre ses sols — et cet article ne prétend pas le contraire. Les dernières analyses réduisent certaines zones d’ombre sans les faire disparaître :
— Basse Bouisse n'a encore fait l'objet d'aucune fosse pédologique — seule Haute Bouisse est aujourd'hui documentée.
— Costebelle ne dispose que d'une fosse (profil 1403) : la trajectoire vers le Rolle et le futur Les Hauts de Costebelle reste à confirmer sur le reste de l'îlot.
— Sur la Gérade, Coteau et Plaine n'ont encore aucune fosse ; Cave et Tourraches n'a qu'une caractérisation préliminaire.
— L’ancien Mourvèdre du chemin de l’Ubac du Fenouillet (profil 1015) n'a pas encore de fosse pédologique complète.
— Astouret n'a pas encore de fosse ; Les Savels n'est pour l'instant pas couvert par la campagne d'étude des sols.
— Les scores de santé biologique et de carbone déjà disponibles montrent des écarts importants, y compris au sein d'un même îlot (Matteri).
— Le bilan hydrique existe aujourd'hui à l'échelle du domaine, pas encore décliné îlot par îlot.
— Les résultats de Terre Apara et Solvivar, menés avec le CIVP, sont encore en cours avec les premiers résultats attendus d’ici la fin de 2026, qui nous permettront de compléter notre connaissance.
— Le choix définitif de cépage et de porte-greffe sur les zones en jachère de la Gérade et de Haute Bouisse (parcelle 101) reste à confirmer.
Ce premier chapitre s’arrête donc volontairement ici : à une cartographie des lieux et à un état des connaissances, avec ses acquis et ses inconnues. Le prochain article changera d’échelle pour s’intéresser aux cépages du Domaine — ceux qui sont déjà là, ceux que l’on préserve et ceux que l’on choisit pour demain. Le reste viendra ensuite, sujet par sujet, sans chercher à tout raconter d’un seul coup.
L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.
DOMAINE MATTERI · 3301 ROUTE DES LOUBES, 83400 HYÈRES
1 août 2026
